mardi, 12 avril 2005
Verlaine d'ardoise et de pluie
De Guy Goffette
Parce que, tout de même, un homme, c'est bien autre chose que le petit tas de secrets qu'on a cent fois dit. Bien autre chose en deça et au-delà de l'histoire qui le concerne, comme un pays sans frontière, et l'horizon ne tient la longe qu'au yeux.
C'est un pays rêvé quand on ne rêvait pas encore, et c'est le rêve d'un pays qui vous mène quand tout dort, quand on est soi-même endormi. Au réveil, ça vous colle à la peau. Ca vous remplit et ça vous vide tour à tour. La plénitude et le manque, systole, diastole, flux, reflux, qui font aller l'homme comme la mer, d'un bord à l'autre de lui-même.
Parce qu'un poète, c'est toujours un pays qui marche, dressé comme une forêt, et trainant dans sa langue une terre d'exil, paradis d'échos.

"Qu'est-ce qu'une petite épouse à côté de la houle qui le tire et le pousse, et qu'est-ce que la routine confortable à côté de la route promise, cette vagabonde où tous les coups sont permis, qui "épuise tous les poisons, pour n'en garder que les quintessences".
Tous les coups, et rien pour les empêcher de pleuvoir sur tes amours de tigres. Rien, ni les baisers, ni les promesses, ni la fuite éperdue. Cet ange blond, Verlaine, t'aura mené jusqu'au bout à la baguette. Et maintenant que tu gis sur le sol, avec quel plaisir tu les souffrirais à nouveau ses méchants coups de canif sous la table, et ses insultes, et ses ricanements, et la prison de brique même, pouvu que te soit rendu cet enfant du diable qui t'a griffé le coeur comme personne. Cela qu'aucun rombaldolâtre ne supporterait plus d'une heure, ce chemin de croix plein d'extases et de tourments, te voici prêt, ô vieux Loyola, à le refaire sur les genoux."
22:25 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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