samedi, 26 février 2005
Elle par bonheur et toujours nue

Entre la beauté que vous, Pierre Bonnard, m'avez jetée dans les bras, sans le savoir, et celle que vous avez aimée au long de quarante-neuf années, il y un monde, ou ce n'est pas de la peinture.
Il y a un monde et c'est l'aventure du regard, avec ses ombres, ses lumières, ses accidents et ses bonheurs. Un monde en apparence ouvert et pourtant fermé comme une vie d'homme. Les clefs pour y pénétrer ne sont pas dans les livres, pas dans la nature, mais très loin derrière nos yeux, dans ce jardin où l'enfance s'est un jour assise, le coeur battant, pour attendre la mer.
C'est là que Marthe m'a rejoint dans le musée à colonnade et m'a sauvé de la solitude et de l'ennui où je mourais.
Guy Goffette.
Extraits
La couleur est une femme qui se gagne lentement, regard après regard, caresse après caresse. On sait tout de suite que ce sera long, un combat sans cesse recommencé avec la lumière. Et qu'il faudra souvent faire mine de baisser les bras, de quitter le champ et de se retirer dans l'ombre, le silence, la solitude.
....
Ô songeuse, les bras posés sur la nappe à carreaux rouges, songeuse aux cheveux d'organdi et de sainfoin, qui ne voyez plus rien autour de vous, ni black qui mendie un sucre blanc, ni que le café fume, ni même que vos mains qui tournent du bout des doigts la pierre de quel chagrin, si vous saviez comme vous êtes belle pourtant et combien nue dans cette blouse jaune qui montre votre cou et donne à vos lèvres le velours du baiser, le pourpre hardi d'un mamelon dressé, si vous saviez de quel amour déchiré et battu à grands vents vous aime celui qui, là-haut, trempe son pinceau dans la lumière des lampes et des hautes fenêtres.
Il y a quelques mois un peintre avec qui j'échangeais de doux mots et quelques points de vue sur la vie, m'a fait découvrir ce roman de Goffette, m'invitant ainsi à découvrir le regard subtil d'un peintre pour sa muse. J'aurais aimé être celle-ci (l'ai cru naivement le temps de quelques écrits). J'aurais aimé vous donnez cette énergie indicible pour des couleurs émouvantes et flamboyantes, j'aurais aimé donner un élan nouveau à vos pinceaux et vos pigments pour mettre sur toile toutes les émotions partagées à travers nos mots et propos. Vous m'avez fait découvrir la beauté et l'écriture ciselée et raffinée d'un auteur jusqu'alors inconnu. "L'amusette" de laboratoire que je fus garde en mémoire la résonnance et les émotions des mots de Goffette et les votres comme s'ils étaient étroitement liés.
18:40 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


Ecrire un commentaire